TL Terres Libérées Annuaire critique des montages de libération des terres en France.

Enjeux · II. Posséder et accumuler · E02

La terre agricole appartient surtout à ceux qui ne la travaillent pas

Qui possède la terre agricole en France, et qui décide de ce qu'elle devient ?

Une exploitante cultive cent dix hectares. Elle en possède douze. Le reste appartient à une douzaine de personnes : retraité·es, héritier·es en indivision, un cousin parti en ville, une société civile. Chaque décès, chaque vente peut rebattre son parcellaire. Ce mécanisme est discret : la France a séparé la propriété du sol de son usage, et protège l'usage par le fermage. Cette étude montre ce que ce compromis a réussi, ce qu'il ne voit plus, et où se placent les leviers.

78 %de la surface agricole métropolitaine exploitée en location ou mise à disposition par des associé·es (2020)Insee Références, L'agriculture, édition 2024 (d'après Agreste, RA 2020)
plus de 2 millionsde propriétaires-bailleurs pour 21,3 millions d'hectares loués (estimation)CGAAER, rapport n° 21039, février 2023
61 %de la surface agricole détenue par des personnes qui ne l'exploitent pas (2010)CEP, Notes et études socio-économiques n° 41, 2016
171 €/haloyer annuel moyen d'un hectare agricole en France en 2024, contre 295 € dans l'Union européenneEurostat, apri_lrnt
127,04indice national des fermages 2026 (base 100 en 2009), en hausse de 3,23 % sur un anArrêté ministériel du 11 août 2026, repris par arrêté préfectoral (Paris, 30 septembre 2026)

Le constat

En France, celui qui cultive la terre et celui qui la possède sont de moins en moins souvent les mêmes.

Selon le tableau rétrospectif établi par Frédéric Courleux pour le Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture, la part de la surface agricole utilisée (SAU) exploitée en location reste comprise entre 45 et 51 % de 1946 au début des années 1980. Puis elle monte sans discontinuer : 55 % en 1988, 68,4 % en 2000, 76,6 % en 2010. Le recensement agricole 2020, exploité par l’Insee, donne 51,4 % de la surface en fermage auprès de tiers et 26,6 % louée par des associé·es à leur propre société. Le faire-valoir direct, celui de l’exploitant·e propriétaire, ne couvre plus que 20,1 % de la surface métropolitaine.

Figure 1 En soixante-quinze ans, la location est passée de la moitié aux quatre cinquièmes de la surface agricole
En soixante-quinze ans, la location est passée de la moitié aux quatre cinquièmes de la surface agricoleLa part de la surface agricole louée stagne entre 45 et 50 % de 1946 à 1979, puis monte sans interruption jusqu'à 76,6 % en 2010 et 78 % en 2020. La part louée à des tiers recule depuis 2010 au profit des terres mises à disposition par les associés des sociétés.Louée (y c. terres des associés)Louée à des tiers4050607080% de la SAU194619551963197019751988199320002005201020201946 — Louée (y c. terres des associés) : 45 % de la SAU1955 — Louée (y c. terres des associés) : 48 % de la SAU1963 — Louée (y c. terres des associés) : 49 % de la SAU1967 — Louée (y c. terres des associés) : 48 % de la SAU1970 — Louée (y c. terres des associés) : 48,1 % de la SAU1975 — Louée (y c. terres des associés) : 48,2 % de la SAU1979 — Louée (y c. terres des associés) : 49,9 % de la SAU1988 — Louée (y c. terres des associés) : 55 % de la SAU1990 — Louée (y c. terres des associés) : 56,6 % de la SAU1993 — Louée (y c. terres des associés) : 60,6 % de la SAU1995 — Louée (y c. terres des associés) : 63,2 % de la SAU1997 — Louée (y c. terres des associés) : 65,1 % de la SAU2000 — Louée (y c. terres des associés) : 68,4 % de la SAU2005 — Louée (y c. terres des associés) : 73,3 % de la SAU2007 — Louée (y c. terres des associés) : 75 % de la SAU2010 — Louée (y c. terres des associés) : 76,6 % de la SAU2020 — Louée (y c. terres des associés) : 78 % de la SAU782005 — Louée à des tiers : 60,7 % de la SAU2007 — Louée à des tiers : 60,9 % de la SAU2010 — Louée à des tiers : 61,6 % de la SAU2020 — Louée à des tiers : 51,4 % de la SAU51,4
Voir les données
anneeLouée (y c. terres des associés)Louée à des tiers
194645
195548
196349
196748
197048,1
197548,2
197949,9
198855
199056,6
199360,6
199563,2
199765,1
200068,4
200573,360,7
20077560,9
201076,661,6
20207851,4

Source : Courleux (CEP, 2013) d'après Agreste ; 2020 : Insee Références 2024 d'après le RA 2020 · données (CSV) · France métropolitaine. 1946-2010 : tableau 1 de Courleux (2013). 2020 : somme du fermage auprès de tiers (51,4 %) et de la location auprès des associés (26,6 %) publiés par l'Insee (2024). La série « louée à des tiers » n'existe qu'à partir de 2005. Les valeurs 2010 de l'Insee (60,7 % et 75,6 %) diffèrent légèrement de celles de Courleux (61,6 % et 76,6 %), après révision du RA 2010.

Le rapport du CGAAER sur le portage du foncier (février 2023) traduit ces parts en hectares, sur 26,6 millions d’hectares de SAU. 21,3 millions sont loués : 13,7 auprès de tiers, 7,1 par les associé·es des sociétés, 0,5 en métayage ou locations provisoires. 5,3 millions sont exploités en propriété.

Combien de propriétaires ? Nul ne le publie avec certitude. Le CGAAER estime à plus de deux millions le nombre de propriétaires-bailleurs. La dernière enquête nationale du ministère sur la propriété date de 1992 : selon Courleux (2011), un exploitant qui louait des terres avait alors en moyenne 4,7 bailleurs différents, contre 3,5 en 1980. Devant la mission d’information de l’Assemblée nationale, Alain Guéringer résumait l’écart d’échelle : un propriétaire foncier détient en moyenne 2,5 hectares, un exploitant en exploite 70, soit un rapport de 1 à 30 (rapport d’information n° 1460, 2018).

L’étude la plus fine reste celle du Centre d’études et de prospective, qui a apparié le cadastre et le registre parcellaire de la PAC dans quatre départements (Charente-Maritime, Mayenne, Nord, Oise), publiée dans les Notes et études socio-économiques n° 41 (2016). À l’échelle nationale, elle rappelle que, d’après le recensement de 2010, les exploitant·es détiennent en propre 32 % de la SAU et les exploitations elles-mêmes 7 % : « 61 % de la SAU sont donc détenus par des non exploitants de cette SAU ». Dans les quatre départements, elle compte, pour réunir 95 % de la surface d’une exploitation, 15 propriétaires en moyenne dans le Nord, 10 dans l’Oise, 8 en Charente-Maritime et 4 en Mayenne.

La propriété privée n’en est pas moins concentrée. Toujours dans ces quatre départements, la moitié des propriétaires détient moins de 10 % de la surface agricole cumulée (2 % dans l’Oise). À l’autre bout, les 10 % de propriétaires ou usufruitier·es privé·es les mieux doté·es en détiennent au moins 40 %, et 1 % des propriétaires s’adjugent 10 % des surfaces en Mayenne, 17 % dans l’Oise. Les personnes morales détiennent en moyenne 13 % de la surface (21 % dans l’Oise), dont environ 5 % pour les sociétés de portage (GFA, SCI, groupements forestiers), et les collectivités et établissements publics 1,7 %, plus 0,2 % en stock SAFER. Ces chiffres valent pour quatre départements en 2013, pas pour la France.

Selon le CGAAER, la part louée va de 55 % environ en Languedoc-Roussillon à 90 % en Champagne-Ardenne. Elle croît avec la taille : selon l’enquête européenne sur la structure des exploitations, en 2023, les exploitations de moins de 30 hectares sont aux trois cinquièmes en propriété, celles de 100 hectares et plus louent près des deux tiers de leur surface. Or ces dernières couvrent 19,2 des 27,2 millions d’hectares recensés.

Figure 2 Plus l'exploitation est grande, plus elle repose sur des terres d'autrui
Plus l'exploitation est grande, plus elle repose sur des terres d'autruiEn 2023, les exploitations de moins de 30 hectares sont aux trois cinquièmes en propriété ; celles de 100 hectares et plus louent 63,7 % de leur surface, et elles couvrent sept dixièmes de la surface agricole.En propriétéEn locationAutres modes020406080100% de la SAU de la classeMoins de 5 haMoins de 5 ha — En propriété : 60,5 % de la SAU de la classeMoins de 5 ha — En location : 22,1 % de la SAU de la classeMoins de 5 ha — Autres modes : 17,4 % de la SAU de la classe5 à 30 ha5 à 30 ha — En propriété : 61 % de la SAU de la classe5 à 30 ha — En location : 33,6 % de la SAU de la classe5 à 30 ha — Autres modes : 5,4 % de la SAU de la classe30 à 100 ha30 à 100 ha — En propriété : 44 % de la SAU de la classe30 à 100 ha — En location : 51,8 % de la SAU de la classe30 à 100 ha — Autres modes : 4,2 % de la SAU de la classe100 ha et plus100 ha et plus — En propriété : 31,5 % de la SAU de la classe100 ha et plus — En location : 63,7 % de la SAU de la classe100 ha et plus — Autres modes : 4,8 % de la SAU de la classeEnsembleEnsemble — En propriété : 36 % de la SAU de la classeEnsemble — En location : 59,2 % de la SAU de la classeEnsemble — Autres modes : 4,8 % de la SAU de la classe
Voir les données
classe_sauEn propriétéEn locationAutres modes
Moins de 5 ha60,522,117,4
5 à 30 ha6133,65,4
30 à 100 ha4451,84,2
100 ha et plus31,563,74,8
Ensemble3659,24,8

Source : Eurostat, ef_mp_tenure (enquête structure 2023) · données (CSV) · France entière, enquête 2023. Parts calculées par nos soins à partir des hectares publiés par Eurostat. La part louée selon Eurostat (59,2 % en 2023) n'est pas comparable aux 78 % de l'Insee : les deux sources ne classent pas de la même façon les terres, l'écart tenant vraisemblablement aux terres mises à disposition par les associés. « Autres modes » : terres communes, métayage et modes partagés.

Reste le travail. Selon la vue d’ensemble de l’Insee, la France métropolitaine compte environ 390 000 exploitations en 2020 (664 000 en 2000). Les exploitant·es et coexploitant·es fournissent près de 60 % des équivalents temps plein, les saisonnier·es 11 %, et l’emploi familial recule au profit du salariat permanent (voir l’étude E03). Qui possède, qui exploite, qui travaille : trois populations qui se recouvrent de moins en moins.

Le mécanisme

Trois mouvements que la statistique enregistre, et un quatrième qu’elle voit mal.

Le départ en retraite. L’exploitant·e qui cesse son activité garde souvent ses terres et les loue à son successeur. À sa mort, elles passent à des héritier·es qui ne cultivent pas (la transmission des fermes est l’objet de l’étude E01). Selon un rapport conjoint CGAAER-Inspection des finances de 2013 cité par le CGAAER (2023), 39 % des terres louées le sont dans un cadre familial : 35 % en indivision, 4 % par des GFA familiaux. Courleux mesurait déjà, entre 1980 et 1992, une hausse de 38 à 43 % de la part des terres louées appartenant à des agriculteurs retraités.

L’agrandissement. Une exploitation qui grandit loue plus qu’elle n’achète. L’effet est mécanique : le taux de faire-valoir direct baisse avec la taille (Courleux, 2011). Jean-Philippe Colin appelle tenure inversée cette situation où de petits propriétaires louent à des exploitants plus grands qu’eux ; le rapport parlementaire de 2018 reprend la notion.

La société d’exploitation. Le passage en EARL, GAEC ou SCEA sépare le patrimoine de l’outil de travail. L’associé·e garde ses terres et les met à disposition de la société. La part des exploitations sous forme sociétaire passe de 30 % en 2010 à 42 % en 2020 (Insee, 2024). La location auprès des associé·es suit : de 14,9 à 26,6 % de la SAU.

Figure 3 En dix ans, les terres louées aux sociétés par leurs propres associés ont presque doublé
En dix ans, les terres louées aux sociétés par leurs propres associés ont presque doubléEntre 2010 et 2020, le fermage auprès de tiers recule de 60,7 % à 51,4 % de la surface, le faire-valoir direct de 23,5 % à 20,1 %, tandis que la location auprès des associés passe de 14,9 % à 26,6 %.Fermage auprès de tiersLocation auprès des associésFaire-valoir directAutres modes020406080100% de la SAU20102010 — Fermage auprès de tiers : 60,7 % de la SAU2010 — Location auprès des associés : 14,9 % de la SAU2010 — Faire-valoir direct : 23,5 % de la SAU2010 — Autres modes : 0,9 % de la SAU20202020 — Fermage auprès de tiers : 51,4 % de la SAU2020 — Location auprès des associés : 26,6 % de la SAU2020 — Faire-valoir direct : 20,1 % de la SAU2020 — Autres modes : 1,9 % de la SAU
Voir les données
anneeFermage auprès de tiersLocation auprès des associésFaire-valoir directAutres modes
201060,714,923,50,9
202051,426,620,11,9

Source : Insee Références, L'agriculture, édition 2024 (d'après Agreste, RA 2010 et 2020) · données (CSV) · France métropolitaine. La « location auprès des associés » désigne les terres qu'un associé possède et loue ou met à disposition de la société d'exploitation dont il est membre.

Le capital. Le quatrième mouvement est le moins visible. Quand une société exploite, ce ne sont plus seulement les terres qui changent de mains, ce sont les parts. Le CEP (2016) note que les sociétés d’exploitation exploitent 63 % de la surface dans ses quatre départements mais n’en possèdent qu’environ 1,5 %. Leur pouvoir sur la terre passe par le bail, et le contrôle de la société passe par le capital. Devant la mission parlementaire, Bertrand Hervieu observait que plus de la moitié de la SAU est gérée par des formes sociétaires « derrière lesquelles il n’est pas toujours possible d’identifier des propriétaires physiques » (rapport n° 1460). Les cessions de parts et leur régulation sont l’objet de l’étude E04.

Figure 4 Trois couches : qui possède le sol, qui l'exploite, qui détient le capital
Trois couches : la propriété du sol, l'exploitation, le capital et le travail Le sol appartient surtout à des personnes qui ne l'exploitent pas : plus de deux millions de propriétaires-bailleurs, des associés qui louent à leur propre société, et des exploitants propriétaires qui ne tiennent plus qu'un cinquième de la surface. L'exploitation, de plus en plus souvent une société, tient l'usage par bail ou mise à disposition. Le capital de la société circule par cessions de parts, hors du statut du fermage. La régulation publique encadre surtout la première couche. 1. Qui possède le sol Propriétaires-bailleurs plus de 2 millions estimation CGAAER, 2023 Associé·es qui louent à leur propre société 27 % de la SAU en 2020 Exploitant·es propriétaires 20 % de la SAU en 2020 bail rural, 9 ans 51 % de la SAU mise à disposition faire-valoir direct 2. Qui exploite L'exploitation : 390 000 en 2020 42 % sous forme de société contrôle par les parts qui y travaille ? 3. Capital et travail Capital : parts sociales cessibles, hors fermage voir l'étude E04 Chef·fes, coexploitant·es : près de 60 % des ETP saisonnier·es : 11 % (2020) Régulation publique (E07) fermage · SAFER · structures

Source : actitude.org, d'après Insee (2024), CGAAER (2023)

Le moment de bascule

La terre ne change pas de destin quand elle est louée. Elle en change à quatre moments précis :

  • la succession, qui fait entrer la parcelle dans une indivision dont les membres n’ont ni le même intérêt ni le même horizon ;
  • la vente, parcelle par parcelle : plus une exploitation compte de propriétaires, plus il est probable que l’un d’eux veuille vendre au changement d’exploitant (CGAAER, 2023) ;
  • la fin du bail, par congé pour reprise familiale ou au départ du preneur ;
  • la cession du bail ou des parts, où se glisse parfois un paiement occulte.

Ce dernier point a un nom : le pas-de-porte. Le rapport parlementaire de 2018 décrit une pratique qui consiste à « monnayer l’accès au bail agricole pour récupérer l’usage de la terre », par exemple en surévaluant le matériel ou les bâtiments repris, avec des montants qui peuvent dépasser le prix de la terre occupée dans le Nord-Pas-de-Calais. Le même rapport la rattache aux droits attachés à l’usage de la terre, « longtemps des droits à produire et des droits à subventions ».

Qui capte la rente

La rente foncière agricole est faible et réglementée. Un hectare se loue en moyenne 171 euros par an en France en 2024, contre 295 dans l’Union européenne et 941 aux Pays-Bas (Eurostat, apri_lrnt). Rapporté au prix moyen d’un hectare de terre arable la même année, 6 400 euros selon Eurostat, cela fait un rendement brut de l’ordre de 2,7 % avant impôts et taxes (calcul actitude.org).

Figure 5 Un hectare se loue en France 42 % moins cher que la moyenne européenne
Un hectare se loue en France 42 % moins cher que la moyenne européenneEn 2024, un hectare de terres arables ou de prairies se loue en moyenne 171 euros par an en France, contre 295 dans l'Union européenne et 941 aux Pays-Bas.02004006008001 000Pays-BasPays-Bas — Loyer annuel moyen (€/ha) : 941 €/ha/an941DanemarkDanemark — Loyer annuel moyen (€/ha) : 580 €/ha/an580GrèceGrèce — Loyer annuel moyen (€/ha) : 509 €/ha/an509IrlandeIrlande — Loyer annuel moyen (€/ha) : 426 €/ha/an426BelgiqueBelgique — Loyer annuel moyen (€/ha) : 340 €/ha/an340AutricheAutriche — Loyer annuel moyen (€/ha) : 309 €/ha/an309BulgarieBulgarie — Loyer annuel moyen (€/ha) : 303 €/ha/an303Union européenne (27)Union européenne (27) — Loyer annuel moyen (€/ha) : 295 €/ha/an295LuxembourgLuxembourg — Loyer annuel moyen (€/ha) : 288 €/ha/an288EspagneEspagne — Loyer annuel moyen (€/ha) : 247 €/ha/an247LituanieLituanie — Loyer annuel moyen (€/ha) : 243 €/ha/an243FinlandeFinlande — Loyer annuel moyen (€/ha) : 230 €/ha/an230PortugalPortugal — Loyer annuel moyen (€/ha) : 207 €/ha/an207HongrieHongrie — Loyer annuel moyen (€/ha) : 206 €/ha/an206TchéquieTchéquie — Loyer annuel moyen (€/ha) : 171 €/ha/an171FranceFrance — Loyer annuel moyen (€/ha) : 171 €/ha/an171SuèdeSuède — Loyer annuel moyen (€/ha) : 162 €/ha/an162SlovénieSlovénie — Loyer annuel moyen (€/ha) : 158 €/ha/an158EstonieEstonie — Loyer annuel moyen (€/ha) : 115 €/ha/an115LettonieLettonie — Loyer annuel moyen (€/ha) : 111 €/ha/an111SlovaquieSlovaquie — Loyer annuel moyen (€/ha) : 69 €/ha/an69€/ha/an
Voir les données
paysLoyer annuel moyen (€/ha)
Pays-Bas941
Danemark580
Grèce509
Irlande426
Belgique340
Autriche309
Bulgarie303
Union européenne (27)295
Luxembourg288
Espagne247
Lituanie243
Finlande230
Portugal207
Hongrie206
Tchéquie171
France171
Suède162
Slovénie158
Estonie115
Lettonie111
Slovaquie69

Source : Eurostat, apri_lrnt (2024) · données (CSV) · Terres arables et prairies permanentes. Pays pour lesquels Eurostat publie une valeur 2024 ; l'Allemagne, l'Italie et la Pologne n'en publient pas pour cet agrégat.

L’indice qui fait évoluer ces loyers progresse moins vite que les prix. De 2009 à 2025, l’indice national des fermages passe de 100 à 123,06 selon les arrêtés annuels (historique de la DDT des Ardennes, arrêté de 2024, arrêté de 2025). Sur la même période, l’indice des prix à la consommation harmonisé de l’Insee progresse d’environ 35 %. Pour 2026, l’indice s’établit à 127,04, en hausse de 3,23 % (arrêté ministériel du 11 août 2026, repris par la préfecture de Paris).

Figure 6 Depuis 2009, l'indice des fermages a progressé moins vite que les prix
Depuis 2009, l'indice des fermages a progressé moins vite que les prixEntre 2009 et 2025, l'indice national des fermages passe de 100 à 123,06, quand les prix à la consommation passent de 100 à 134,6 : le loyer réglementé a perdu près de 9 % de pouvoir d'achat, malgré les hausses de 2023 et 2024.Indice national des fermagesPrix à la consommation (IPCH)90100110120130140indice, base 100 en 20092009201120132015201720192021202320262009 — Indice national des fermages : 100 indice, base 100 en 20092010 — Indice national des fermages : 98,4 indice, base 100 en 20092011 — Indice national des fermages : 101 indice, base 100 en 20092012 — Indice national des fermages : 104 indice, base 100 en 20092013 — Indice national des fermages : 107 indice, base 100 en 20092014 — Indice national des fermages : 108 indice, base 100 en 20092015 — Indice national des fermages : 110 indice, base 100 en 20092016 — Indice national des fermages : 110 indice, base 100 en 20092017 — Indice national des fermages : 106 indice, base 100 en 20092018 — Indice national des fermages : 103 indice, base 100 en 20092019 — Indice national des fermages : 105 indice, base 100 en 20092020 — Indice national des fermages : 105 indice, base 100 en 20092021 — Indice national des fermages : 106 indice, base 100 en 20092022 — Indice national des fermages : 110 indice, base 100 en 20092023 — Indice national des fermages : 116 indice, base 100 en 20092024 — Indice national des fermages : 123 indice, base 100 en 20092025 — Indice national des fermages : 123 indice, base 100 en 20092026 — Indice national des fermages : 127 indice, base 100 en 20091272009 — Prix à la consommation (IPCH) : 100 indice, base 100 en 20092010 — Prix à la consommation (IPCH) : 102 indice, base 100 en 20092011 — Prix à la consommation (IPCH) : 104 indice, base 100 en 20092012 — Prix à la consommation (IPCH) : 106 indice, base 100 en 20092013 — Prix à la consommation (IPCH) : 107 indice, base 100 en 20092014 — Prix à la consommation (IPCH) : 108 indice, base 100 en 20092015 — Prix à la consommation (IPCH) : 108 indice, base 100 en 20092016 — Prix à la consommation (IPCH) : 109 indice, base 100 en 20092017 — Prix à la consommation (IPCH) : 110 indice, base 100 en 20092018 — Prix à la consommation (IPCH) : 112 indice, base 100 en 20092019 — Prix à la consommation (IPCH) : 114 indice, base 100 en 20092020 — Prix à la consommation (IPCH) : 114 indice, base 100 en 20092021 — Prix à la consommation (IPCH) : 116 indice, base 100 en 20092022 — Prix à la consommation (IPCH) : 123 indice, base 100 en 20092023 — Prix à la consommation (IPCH) : 130 indice, base 100 en 20092024 — Prix à la consommation (IPCH) : 133 indice, base 100 en 20092025 — Prix à la consommation (IPCH) : 135 indice, base 100 en 2009135
Voir les données
anneeIndice national des fermagesPrix à la consommation (IPCH)
2009100100
201098,4102
2011101104
2012104106
2013107107
2014108108
2015110108
2016110109
2017106110
2018103112
2019105114
2020105114
2021106116
2022110123
2023116130
2024123133
2025123135
2026127

Source : Arrêtés ministériels annuels (historique DDT des Ardennes, JO 2024 et 2025, arrêté du 11 août 2026) ; Insee, IPCH annuel · données (CSV) · L'indice des fermages est publié en base 100 en 2009. L'IPCH annuel de l'Insee (base 2015, série arrêtée en 2025) a été ramené par nos soins en base 100 en 2009 (calcul actitude.org). La valeur 2026 de l'IPCH annuel n'est pas encore connue.

Qui y gagne ? D’abord le preneur, qui accède à la terre sans l’acheter, à loyer bas. Le CGAAER, estimant les loyers français inférieurs de moitié à ceux des autres pays de l’Union, en déduit une « subvention annuelle indirecte financée par les propriétaires fonciers de l’ordre de 3 milliards d’€ ». C’est une évaluation de corps d’inspection, construite du point de vue du bailleur, sur l’hypothèse d’un loyer libre aligné sur les voisins européens. Ensuite, quand le bail se cède contre un pas-de-porte, une part de cette rente retenue revient au preneur sortant. Les aides de la PAC entrent aussi dans le circuit (leur capitalisation est traitée dans l’étude E05) : le Centre commun de recherche de la Commission européenne estime qu’entre 9 et 46 % des paiements découplés se capitalisent à court terme dans les loyers en Europe. Pour la France, une étude de l’INRA (Latruffe et al., 2008) ne relevait pas d’effet fort du paiement unique sur le prix des terres, les droits se cédant souvent avec l’exploitation entière. La capitalisation passerait donc moins par le loyer plafonné que par la valeur de reprise de l’exploitation : une hypothèse, pas une mesure.

Ce que dit le droit

Le régime détaillé du fermage, des SAFER et du contrôle des structures est traité dans l’étude E07. On en retient ici ce qui organise le rapport de propriété.

Le statut du fermage est d’ordre public : toute mise à disposition à titre onéreux d’un immeuble rural pour une activité agricole y est soumise (rapport n° 1460). Ses quatre principes, selon le 114e congrès des notaires : un bail d’au moins neuf ans renouvelé de plein droit, y compris au profit des héritier·es ; un loyer encadré par arrêté préfectoral entre un minimum et un maximum ; l’incessibilité du bail hors cadre familial ; la protection du faire-valoir direct par le droit de reprise du bailleur et le droit de préemption du preneur.

Le loyer est actualisé chaque année par l’indice national des fermages, que l’article L. 411-11 du code rural compose pour 60 % de l’évolution du revenu brut d’entreprise agricole à l’hectare (moyenne sur cinq ans) et pour 40 % de l’indice de prix du PIB. Dans sa réponse publiée le 3 février 2026, le ministre de l’Agriculture juge ce mode de calcul, fixé par la loi du 27 juillet 2010, toujours pertinent et écarte une indexation territorialisée.

Les interstices déjà là. À côté du bail de neuf ans, le droit admet des baux plus longs ou plus libres, que la mission de 2018 recense : le bail à long terme (18 ou 25 ans), le bail de carrière, le bail cessible hors cadre familial (18 ans au moins, créé par la loi d’orientation du 5 janvier 2006), le bail emphytéotique (plus de 18 ans, droit réel cessible) et le bail environnemental, qui attache des obligations de pratiques au contrat. C’est par ces interstices que passent la plupart des montages de libération. Depuis la loi n° 2026-796 du 18 août 2026 (article 38, nouvel article L. 451-1-1 du code rural), la conclusion ou la cession d’un bail emphytéotique sur une terre agricole doit être notifiée à la SAFER, qui peut s’y opposer ; l’opposition ne s’applique pas, notamment, quand l’un des cocontractants est une personne publique ou une fondation reconnue d’utilité publique dont l’objet est d’acquérir du foncier agricole (étude E07).

Les angles morts. Trois zones échappent au statut, d’après les rapports consultés :

  • les conventions hors statut : prêt à usage, vente d’herbe, conventions précaires ou de mise à disposition SAFER. Selon le rapport n° 1460, un fermage souvent proche du montant de la taxe foncière peut amener des propriétaires vers le prêt à usage, qui ne protège pas l’exploitant ;
  • la forme écrite : le Conseil supérieur du notariat estime qu’environ la moitié des baux ruraux sont verbaux, selon le CGAAER ;
  • le capital : la mise à disposition des terres d’un associé à sa société et les transferts de parts sociales ne sont pas des ventes de terres. Le statut du fermage ne les voit pas ; leur contrôle relève d’autres textes (étude E04).

La connaissance des propriétaires est elle-même restreinte. Les fichiers fonciers, issus des fichiers fiscaux MAJIC et enrichis par le Cerema, décrivent les parcelles et leurs propriétaires ; ils ne sont accessibles qu’aux ayants droit (services de l’État, collectivités, SAFER, organismes de recherche), et les personnes physiques y sont anonymisées par défaut. La protection des données personnelles le justifie ; elle a pour effet qu’aucune statistique publique régulière ne dit qui possède la terre agricole française.

Information juridique générale, à jour au 10 octobre 2026 d’après les sources citées ; ce n’est pas un conseil.

L’histoire longue

Le sociologue Bertrand Hervieu, alors président de l’Académie d’agriculture de France, distinguait devant la mission parlementaire trois périodes (rapport n° 1460). La Troisième République fait des paysan·nes des propriétaires. De la Première Guerre mondiale aux années 1990 domine le fermage, sous le mot d’ordre de la Jeunesse agricole catholique : « la terre n’est pas un patrimoine, elle est un outil de travail ». Puis vient une période où la terre est à la fois patrimoine privé, bien commun environnemental et support d’« outils d’abstraction » sociétaires.

Le statut du fermage naît de l’ordonnance du 17 octobre 1945, reprise par la loi du 13 avril 1946. Le CGAAER (2023) rappelle sa généalogie : des projets du Front populaire, bloqués « sous la pression des propriétaires », puis des dispositions sur l’indemnité au fermier sortant et la limitation des loyers prises sous Vichy en 1942 et 1943, dans le cadre de la Corporation paysanne. La loi d’orientation agricole du 5 août 1960 crée les SAFER ; la loi complémentaire du 8 août 1962 leur donne le droit de préemption (étude E07).

Ce compromis a tenu, à rebours du projet de la Troisième République. Le CGAAER en donne une lecture : le poids du faire-valoir indirect traduit l’intérêt du fermage pour le preneur, « encouragé à consacrer ses ressources aux investissements productifs au détriment de l’accession à la propriété du foncier ». C’était l’objectif. Le revers est le détachement de la propriété et du travail.

Les tentatives de déplacer l’équilibre se succèdent. Le fonds agricole, créé en 2006 pour rapprocher l’exploitation d’un fonds de commerce, n’a donné lieu qu’à 964 créations entre 2006 et 2014, faute de pouvoir y inclure le bail (rapport n° 1460). En janvier 2023, une proposition de loi relative au régime juridique des baux ruraux proposait de limiter à trois le nombre de renouvellements sans accord du bailleur et de valoriser comme libre le bien préempté par le preneur ; elle n’a pas abouti. En mai 2024, les groupements fonciers agricoles d’investissement (GFAI), qui devaient lever des fonds auprès d’épargnants et de fonds d’investissement pour acheter des terres et les louer, ont été retirés du projet de loi d’orientation agricole, d’abord en commission puis par renoncement du ministre « à ce stade » en séance (LCP, 24 mai 2024).

Les initiatives citoyennes ont aussi leur histoire. Le groupement foncier agricole mutuel Lurra, né au Pays basque dans les années 1970, a donné en 2013 la foncière Lurzaindia. Le plateau du Larzac est géré depuis 1985 par une société civile d’usager·es.

Ce qu’on sait, ce qu’on estime, ce qui se discute

Ce qu’on sait

  • La part louée dépasse les trois quarts de la SAU métropolitaine depuis 2010 ; le faire-valoir direct n’en couvre plus qu’un cinquième en 2020, et la location auprès des associé·es a presque doublé en dix ans (Agreste, d’après Courleux et l’Insee).
  • Les loyers français sont inférieurs de 42 % à la moyenne de l’Union européenne en 2024 (Eurostat), et l’indice des fermages a progressé moins vite que les prix depuis 2009 (arrêtés ministériels, Insee).

Ce qu’on estime.

  • « Plus de deux millions » de propriétaires-bailleurs : estimation du CGAAER, sans source statistique détaillée publiée.
  • La valeur du foncier loué, de l’ordre de 130 milliards d’euros (100 milliards en appliquant une décote pour terre occupée), est une estimation du CGAAER à partir de la surface louée et d’un prix moyen de 6 100 €/ha.
  • La répartition des propriétaires par taille et par type n’est connue que pour quatre départements en 2013 (CEP, 2016) ; nous n’avons pas trouvé de mesure nationale publiée.

Ce qui se discute

Le statut du fermage spolie-t-il les propriétaires ? Le CGAAER le soutient : depuis plus de quarante ans, la taxation des terres agricoles aurait augmenté plus vite que les fermages, jusqu’à un « rendement négatif en moyenne ». Guillaume Sainteny, entendu par la mission de 2018, avançait une rentabilité brute d’environ 1,5 %. Le président de l’Association française de droit rural y parlait d’un ressenti d’« effet confiscatoire ». À l’opposé, la chercheuse Yannick Sencébé, entendue par la même mission, rappelait que le statut repose sur un compromis visant à sécuriser l’activité des jeunes installé·es. Les deux constats ne s’excluent pas : le loyer bas est un transfert du propriétaire vers le preneur, et ce transfert est la condition historique de l’accès à la terre sans achat.

La location protège-t-elle les sols ? Une étude sur des producteurs de maïs états-uniens (Soule, Tegene et Wiebe, 2000) montre que les locataires adoptent moins souvent que les propriétaires les pratiques de conservation dont le bénéfice est lointain (bandes enherbées, cultures en courbes de niveau). Le contexte n’est pas transposable : le bail français est long et renouvelable de droit. Nous n’avons pas trouvé d’étude française comparant les pratiques selon le mode de faire-valoir, et l’usage du bail environnemental n’est pas mesuré par la statistique publique.

Ce que les chiffres officiels ne mesurent pas. Trois angles morts tiennent aux catégories, pas à la loyauté de la statistique. D’abord, la frontière entre propriété et location dépend de la manière dont on classe les terres des associé·es : la part louée vaut 51 % (tiers seuls), 78 % (Insee, associé·es compris) ou 59 % (Eurostat, dont le classement diffère, vraisemblablement pour une partie de ces terres) selon la convention. Ensuite, la statistique agricole décrit des exploitations, pas des propriétaires : la dernière enquête nationale sur la propriété date de 1992. Enfin, le capital des sociétés qui exploitent ou possèdent n’est suivi par aucune série publique. S’y ajoutent les baux verbaux, les conventions hors statut et les pas-de-porte, qui par nature ne laissent pas de trace statistique.

Ce qui nous donnerait tort

Sur la propriété, notre thèse (la terre se retire de ceux qui la travaillent) se discute sérieusement.

Ce que l’outil public fait bien. Le statut du fermage a permis à des générations de paysan·nes d’exploiter sans acheter, à un loyer faible, avec une sécurité de neuf ans renouvelable et un droit de préemption. Le prix français de la terre arable, 6 400 euros l’hectare en 2024, est inférieur de plus de moitié à la moyenne de l’Union (15 224 euros, Eurostat), et la mission parlementaire de 2018 y voit l’effet du contrôle public et de l’encadrement des fermages. Pour qui travaille, la dissociation entre propriété et usage n’est pas en soi une perte : c’est le principe même des montages de l’annuaire, qui séparent un propriétaire protecteur d’un usage paysan.

Ce qui nous donnerait tort. Si l’on montrait que les propriétaires non exploitants sont pour l’essentiel d’anciens paysan·nes et leurs familles, que la concentration de la propriété privée n’augmente pas, et que les terres changent rarement d’usage au moment des successions, alors la séparation propriété-usage serait un arrangement familial stable, et non un retrait. Les données disponibles (CGAAER, CEP) vont plutôt dans ce sens pour la première couche, celle du sol. Notre inquiétude porte surtout sur les deux autres : le passage du contrôle par le capital des sociétés, et la fragilité des moments de bascule. Une série publique sur la propriété et sur les parts sociales permettrait de trancher.

Ce que la libération change

La libération ne peut pas tout racheter. Si la terre louée vaut de 100 à 130 milliards d’euros selon le CGAAER, aucune épargne citoyenne ni aucun budget public ne la soustraira au marché en bloc. Le jugement que nous en tirons : la libération doit se placer aux moments de bascule, là où la propriété change de mains de toute façon, et s’appuyer sur ce que le fermage protège déjà. Chaque montage du corpus répond à un maillon, et chacun a son point de capture.

Garder la propriété publique et confier l’usage. Au Larzac, l’État conserve environ 6 300 hectares rachetés dans les années 1970 et en confie l’usage, par bail emphytéotique de 99 ans, à la Société civile des terres du Larzac, qui attribue des baux de long terme aux paysan·nes. Selon la fiche de l’annuaire, le nombre d’installé·es a augmenté. Le point de capture : le bail expire en 2083 et sa reconduction dépendra d’une volonté publique future, sans objet statutaire qui consacre la vocation du domaine.

Acheter pour protéger, louer sous condition. La Collectivité Eau du Bassin Rennais acquiert à l’amiable des terres sur l’aire des captages, dont environ 232 hectares sur le captage de la Chèze-Canut, et les loue à des exploitant·es par bail rural à clauses environnementales, avec un fermage réduit (voir le dossier). Le point de capture : selon la fiche de l’annuaire, le caractère inaliénable de ces terres n’est pas confirmé par les sources, et les preneur·euses ne participent pas à la décision foncière.

Sortir la propriété du patrimoine transmissible. Le fonds de dotation Antidote détient la ferme de la Marinie en Aveyron et en confie l’usage pour 99 ans, par bail emphytéotique, à l’association Les Communs de la Marinie. La Fondation Terre de Liens, reconnue d’utilité publique, peut recevoir la pleine propriété ou la seule nue-propriété d’une terre, le donateur gardant l’usufruit. Ces porteurs retirent la terre des successions, donc des indivisions. Le point de capture : pour Antidote, le caractère consomptible ou non de la dotation n’est pas confirmé ; pour la Fondation, la clause d’inaliénabilité spécifique du foncier porté n’est pas détaillée par les sources.

Mutualiser l’achat. La Foncière Terre de Liens a acquis par l’épargne solidaire le domaine de Toussacq, loué à la coopérative Les Champs des Possibles. La foncière basque Lurzaindia détient environ 486 hectares où sont installé·es environ 41 exploitant·es. Les GFA mutuels et solidaires réunissent des citoyen·nes en société civile bailleresse. Le point de capture est commun : des parts ou actions cessibles. Leur caractère non spéculatif tient aux statuts, pas à la forme juridique.

Le coût de la libération. Au prix moyen de 6 400 euros l’hectare de terre arable en 2024 (Eurostat), une ferme de 50 hectares représente de l’ordre de 320 000 euros de foncier nu, hors bâtiments et frais d’acte. Qui paie ? Le donateur qui renonce à une plus-value, l’épargnant qui renonce à un rendement, la collectivité qui immobilise de l’argent public. Ce coût est modeste à l’échelle d’une ferme et colossal à l’échelle du pays : les montages qui ne rachètent pas (bail long, démembrement, propriété publique conservée) comptent donc autant que ceux qui achètent (bilan comparé : étude E18).

Leviers

Pour les collectifs

  • Négocier un bail plus long que le minimum. Bail à long terme (18 ou 25 ans), bail cessible hors cadre familial ou bail emphytéotique : ce sont des formes prévues par le droit ; depuis août 2026, un bail emphytéotique agricole est notifié à la SAFER avant sa signature. Démarche : proposer au propriétaire un bail long, dont le loyer peut être majoré (de 15 à 20 % pour un bail à long terme, selon le CGAAER). Acte engageant, à rédiger avec un·e notaire. Exemple de bail emphytéotique de 99 ans : Larzac.
  • Repérer les moments de bascule. Succession, départ en retraite, fin de bail : c’est là qu’un propriétaire cherche une solution. Démarche : se faire connaître des propriétaires et de la mairie, et proposer un porteur protecteur avant la mise en vente.
  • Proposer un porteur non spéculatif. Fonds de dotation, fondation ou foncière solidaire peuvent porter la propriété et vous confier l’usage. Démarche : vérifier dans les statuts l’inaliénabilité, la dévolution de l’actif et la place des usager·es. Exemple : la Marinie.

Pour les élu·es

  • Acheter et louer sous condition. Une collectivité peut acquérir à l’amiable et louer par bail rural à clauses environnementales. Ordre de coût : le prix local de la terre, de l’ordre de quelques milliers d’euros l’hectare en moyenne nationale. Démarche : délibération, acquisition, appel à candidatures pour le bail ; acte notarié. Exemple : Eau du Bassin Rennais.
  • Garder ce qui est déjà public. Plutôt que de vendre une terre communale, la louer à long terme ou par bail emphytéotique, et inscrire sa vocation agricole dans une délibération. Exemple : la logique du Larzac, à l’échelle d’un domaine d’État.
  • Connaître la propriété de son territoire. Les collectivités sont ayants droit des fichiers fonciers : demande via le portail du Cerema, après acte d’engagement, pour l’usage prévu par cet acte. Cela permet d’anticiper les successions et les ventes sur les secteurs à enjeu.

Pour les citoyen·nes

  • Donner plutôt qu’investir. Un don à un fonds de dotation ou à une fondation retire durablement la terre du marché ; il ne donne pas de parts. Exemple de porteur : Fondation Terre de Liens, Antidote.
  • Entrer dans une propriété collective en connaissance de cause. Les actions d’une foncière solidaire ou les parts d’un GFA mutuel sont cessibles : lire les statuts (rémunération, prix de rachat, dévolution) avant de souscrire. Exemple : GFA mutuels et solidaires.
  • Contredire cette étude. Pas-de-porte, indivision qui vend, bail verbal rompu : vos retours de terrain sont versés au journal de l’étude via la page Suggérer.

Pour les cédant·es et propriétaires

  • Louer long et sous conditions. Un bail rural à long terme ou un bail environnemental sécurise votre fermier·e et peut fixer des pratiques favorables au sol et à l’eau. Démarche : avec un·e notaire, en lien avec la commission consultative des baux ruraux de votre département pour les loyers de référence.
  • Transmettre la nue-propriété. Donner la nue-propriété d’une terre à une fondation reconnue d’utilité publique, en gardant l’usufruit, la retire de la succession future sans vous en priver de votre vivant. Acte engageant : notaire et conseil fiscal. Exemple de porteur qui le pratique : Fondation Terre de Liens.
  • Préparer la succession avant l’indivision. Une indivision décide difficilement de louer long ou de céder à un porteur protecteur. Démarche : organiser la transmission de son vivant, avec un·e notaire, en prévoyant le devenir agricole des terres.

Question ouverte

Si la terre française appartient de plus en plus aux sociétés qui l’exploitent, par leurs associé·es et par leurs parts, qui protégera demain l’usage paysan qu’un statut pensé pour des propriétaires individuels protégeait hier ?

Dans l'annuaire

Les montages et les lieux du corpus mobilisés par cette étude, avec leur palier de libération.

Outils de libération qui répondent

  • Régulation publique
  • Bail long et protecteur
  • Propriété publique
  • Fondation, fonds de dotation
  • Foncière et épargne solidaire
  • GFA mutuel ou citoyen

Études liées

Les mots de cette étude

Sources

Toutes les sources citées dans le texte, consultées au 10 octobre 2026. Les associations et ONG françaises sont citées comme acteurs, jamais comme sources (méthode de la section).

Sources officielles et statistique publique

Textes juridiques et décisions

Centres de recherche et expertises

Publications académiques

Sources européennes et internationales

Presse d'enquête

Pour aller plus loin

  • Bertrand Hervieu, François Purseigle, Une agriculture sans agriculteurs. La révolution indicible, Presses de Sciences Po, 2022
  • François Purseigle, Geneviève Nguyen, Pierre Blanc (dir.), Le nouveau capitalisme agricole. De la ferme à la firme, Presses de Sciences Po, 2017
  • Céline Bessière, Sibylle Gollac, Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités, La Découverte, 2020

Retours de terrain

Aucun retour de terrain n'est encore intégré : cette étude est une analyse documentaire. Vous agissez sur ce terrain — collectif, cédant·e, élu·e, chercheur·e — et vous la contredisez ou la complétez ? Écrivez-nous : chaque retour intégré est daté ici.

Journal des modifications

  1. 10 octobre 2026v1Première version (analyse documentaire).

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