TL Terres Libérées Annuaire critique des montages de libération des terres en France.

Enjeux · VII. Défendre et répondre · E18

Sortir la terre du marché coûte peu à l'échelle du pays, et beaucoup à ceux qui s'y risquent seuls

Que change vraiment la libération, qui la paie, et que devient la terre une fois achetée ?

Un collectif a réuni l'argent : des prêts de ses membres, quelques dons, l'épargne d'inconnus. La ferme est achetée, le notaire a signé, la terre ne se revendra pas. Dix ans plus tard, le collectif a vieilli, deux membres sont partis fâchés, et le loyer ressemble à celui du voisin. Cette étude part de ce moment d'après. Elle met en regard les outils de libération et les mécanismes décrits par les dix-sept autres études, compare ce que coûte chaque voie et qui la paie, et regarde ce que deviennent les terres sorties du marché.

quelques dizaines de milliers d'hacouverts par les montages alternatifs de portage foncier, contre 15 millions d'hectares en fermage classiqueCour des comptes, La politique d'installation des nouveaux agriculteurs, avril 2023 (d'après le ministère de l'agriculture)
25 %de réduction d'impôt sur le revenu pour une souscription au capital d'une foncière solidaire en 2026-2027 (18 % hors période majorée)BOFiP, BOI-IR-RICI-120-20, 27 août 2026
222 200 hapréservés par le Conservatoire du littoral fin 2025, dont 16 % consacrés à l'agricultureConservatoire du littoral, rapport d'activité 2025
68 %des ressources du Conservatoire du littoral en 2025 viennent d'une taxe affectée sur les bateaux de plaisance ; dons et mécénat : 0,4 M€ sur 57,2 M€Conservatoire du littoral, rapport d'activité 2025
27 %de la superficie de la Nouvelle-Calédonie est en terres coutumières, inaliénables et incessibles (2019)ISEE Nouvelle-Calédonie, d'après l'ADRAF

Le constat

En 2023, la Cour des comptes rapporte que les nouvelles modalités de portage foncier concernent, selon le ministère de l’agriculture, « quelques dizaines de milliers d’hectares », à comparer aux 15 millions d’hectares exploités en fermage classique (p. 93). Ces portages pèsent donc quelques pour mille des surfaces louées. Les mécanismes décrits dans cette section jouent sur des millions d’hectares ; la libération se compte en milliers.

Ce constat a une contrepartie. Là où la puissance publique a voulu tenir la terre, elle la tient à grande échelle. Le Conservatoire du littoral préservait fin 2025 222 200 hectares sur 843 sites, soit 20 % du linéaire côtier ; il en a acquis 2 042 dans l’année, par 420 actes dont 83 % à l’amiable. 16 % de cette surface est consacrée à l’agriculture, dont 26 % en bio, et le Conservatoire comptait 844 conventions en cours avec des exploitant·es agricoles. Son domaine propre est inaliénable, rappelle sa fiche.

L’autre grande surface hors marché n’est pas en métropole. En Nouvelle-Calédonie, les terres coutumières couvraient 503 300 hectares en 2020, soit 27 % de la superficie du territoire en 2019, selon les données de l’ISEE d’après l’ADRAF. La loi organique, citée par l’ISEE, les déclare « inaliénables, incessibles, incommutables et insaisissables ». Plus de 60 000 personnes y vivaient en 2019.

Figure 1 En Nouvelle-Calédonie, la terre inaliénable s'étend depuis quarante ans
En Nouvelle-Calédonie, la terre inaliénable s'étend depuis quarante ansLes terres coutumières de Nouvelle-Calédonie passent de 389 000 hectares en 1985 à 503 000 hectares en 2020, avec un saut entre 1995 et 1999 ; la progression ralentit ensuite mais ne s'inverse pas durablement.375 000400 000425 000450 000475 000500 000525 000hectares19851988199519992003200620092012201520201985 — Terres coutumières (ha) : 389 409 hectares1988 — Terres coutumières (ha) : 399 809 hectares1995 — Terres coutumières (ha) : 392 550 hectares1999 — Terres coutumières (ha) : 476 970 hectares2003 — Terres coutumières (ha) : 485 042 hectares2005 — Terres coutumières (ha) : 487 444 hectares2006 — Terres coutumières (ha) : 490 406 hectares2007 — Terres coutumières (ha) : 490 907 hectares2008 — Terres coutumières (ha) : 491 146 hectares2009 — Terres coutumières (ha) : 492 331 hectares2010 — Terres coutumières (ha) : 488 612 hectares2011 — Terres coutumières (ha) : 493 232 hectares2012 — Terres coutumières (ha) : 494 418 hectares2013 — Terres coutumières (ha) : 496 097 hectares2014 — Terres coutumières (ha) : 496 817 hectares2015 — Terres coutumières (ha) : 499 622 hectares2016 — Terres coutumières (ha) : 496 817 hectares2017 — Terres coutumières (ha) : 499 998 hectares2018 — Terres coutumières (ha) : 500 531 hectares2019 — Terres coutumières (ha) : 503 304 hectares2020 — Terres coutumières (ha) : 503 328 hectares503 328
Voir les données
anneeTerres coutumières (ha)
1985389 409
1988399 809
1995392 550
1999476 970
2003485 042
2005487 444
2006490 406
2007490 907
2008491 146
2009492 331
2010488 612
2011493 232
2012494 418
2013496 097
2014496 817
2015499 622
2016496 817
2017499 998
2018500 531
2019503 304
2020503 328

Source : ISEE Nouvelle-Calédonie, d'après l'ADRAF (tableau Terres coutumières, superficies 1985-2020) · données (CSV) · Ensemble de la Nouvelle-Calédonie. Années disponibles seulement (intervalles inégaux avant 2005). La valeur publiée pour 2016 (496 817 ha), identique à celle de 2014 et inférieure à celle de 2015, est reprise telle que la donne la source. Les variations ponctuelles à la baisse tiennent à des révisions de mesure, non commentées par la source.

Face à ces deux masses, le corpus de l’annuaire est petit : environ 6 300 hectares au Larzac, 486 pour Lurzaindia, quelques hectares et un hameau pour beaucoup d’autres lieux. Cette étude demande ce que ces montages changent, et à quel prix ; la page Méthode juge leur solidité.

Le mécanisme

Sortir une terre du marché, c’est payer une fois pour qu’elle ne soit plus jamais payée. La chaîne compte quatre maillons, que la page Régimes décrit du côté du droit : quelqu’un finance l’achat ; un porteur tient la propriété ; un titre en confie l’usage à un collectif ; des paysan·nes ou des habitant·es l’exercent et paient un fermage ou une redevance, qui remonte au porteur.

Figure 2 Chaque maillon de la chaîne a son point de capture
La chaîne de la libération et ses quatre points de capture Une terre sort du marché quand quelqu'un paie son achat, qu'un porteur la tient, qu'un titre en confie l'usage à un collectif et que des paysan·nes ou des habitant·es l'exercent. À chaque maillon, la libération peut être reprise : par ceux qui financent et décident, par des parts cessibles ou une option d'achat, par le terme du titre, ou par un porteur qui redevient un bailleur ordinaire. La chaîne Où la libération se reprend 1. Qui paie l'achat épargne, dons, impôt, prêts des membres 2. Le porteur tient le sol État, commune, fondation, fonds, foncière, association titre : bail, emphytéose, usufruit, convention 3. Le collectif d'usage association, SCIC, société civile 4. Paysan·nes, habitant·es travail ; fermage ou redevance au porteur Qui finance décide : les usager·es sont souvent sans voix Parts cessibles, option d'achat, dévolution non écrite Le titre a un terme : 30 ans pour un usufruit, 2083 au Larzac Le porteur redevient un bailleur ordinaire ; le cercle se ferme

Source : Schéma actitude.org d'après les fiches du corpus et la page Méthode

Reste à savoir qui paie, et ce qu’il récupère. Il y a quatre bourses.

L’épargne. Une épargnante souscrit des parts d’une foncière ou d’un groupement foncier agricole ; elle garde un titre, en principe remboursable. L’État lui rembourse une partie de l’apport : 25 % pour les versements de 2026 et 2027 au capital d’une société foncière solidaire, taux majoré reconduit par la loi de finances pour 2026, contre 18 % au taux de droit commun, selon le BOFiP. Pour les autres entreprises solidaires d’utilité sociale, les versements faits depuis le 1er octobre 2026 attendent, pour le taux majoré, un décret qu’aucune version du BOFiP ne cite au 10 octobre 2026.

Le don. Un donateur verse à une fondation ou à un fonds de dotation. Il ne récupère rien, mais l’impôt sur le revenu lui rembourse 66 % du don, dans la limite de 20 % du revenu imposable (Service-Public). Imputé sur l’impôt sur la fortune immobilière, le don en rembourse 75 %, jusqu’à 50 000 € par an (impots.gouv.fr) ; une entreprise mécène déduit 60 % de son don jusqu’à 2 M€ (Service-Public Entreprendre).

Figure 3 L'impôt rembourse le don bien plus que l'épargne solidaire
L'impôt rembourse le don bien plus que l'épargne solidairePour 1 000 euros apportés à un porteur, l'impôt en rembourse 750 si c'est un don à une fondation reconnue d'utilité publique imputé sur l'IFI, 660 pour un don déduit de l'impôt sur le revenu, 600 pour le mécénat d'une entreprise, mais 250 seulement pour une souscription au capital d'une foncière solidaire en 2026, et 180 au taux de droit commun.0200400600800Don à une fondation RUP imputésur l'IFIDon à une fondation RUP imputé sur l'IFI — Part remboursée par l'impôt (€) : 750 € remboursés pour 1 000 € apportés750Don d'un particulier à unorganisme d'intérêt généralDon d'un particulier à un organisme d'intérêt général — Part remboursée par l'impôt (€) : 660 € remboursés pour 1 000 € apportés660Don d'une entreprise (mécénatjusqu'à 2 M€)Don d'une entreprise (mécénat jusqu'à 2 M€) — Part remboursée par l'impôt (€) : 600 € remboursés pour 1 000 € apportés600Souscription au capital d'unefoncière solidaire (2026-2027)Souscription au capital d'une foncière solidaire (2026-2027) — Part remboursée par l'impôt (€) : 250 € remboursés pour 1 000 € apportés250Même souscription au taux dedroit communMême souscription au taux de droit commun — Part remboursée par l'impôt (€) : 180 € remboursés pour 1 000 € apportés180€ remboursés pour 1 000 € apportés
Voir les données
apportPart remboursée par l'impôt (€)
Don à une fondation RUP imputé sur l'IFI750
Don d'un particulier à un organisme d'intérêt général660
Don d'une entreprise (mécénat jusqu'à 2 M€)600
Souscription au capital d'une foncière solidaire (2026-2027)250
Même souscription au taux de droit commun180

Source : Calcul actitude.org d'après BOFiP BOI-IR-RICI-120-20 (2026), impots.gouv.fr, Service-Public F426 et F22263 · données (CSV) · Calcul actitude.org à partir des taux légaux en vigueur au 10 octobre 2026, dans la limite des plafonds (20 % du revenu imposable pour le don à l'IR, 50 000 € par an pour l'IFI, 20 000 € ou 5 ‰ du chiffre d'affaires pour le mécénat, dont le taux tombe à 40 % au-delà de 2 M€ de dons, 50 000 € ou 100 000 € de versements par an pour la souscription). Le taux de 25 % vaut pour les versements de 2026 et 2027 aux sociétés foncières solidaires (BOFiP, 27 août 2026). Le souscripteur garde la propriété de ses parts ; le donateur ne récupère rien. Les prêts des membres et les comptes courants n'ouvrent droit à aucune réduction.

L’impôt. Une collectivité ou l’État achète ; le contribuable paie tout. Le cas le plus lisible est le Conservatoire : sur 57,2 M€ de ressources en 2025, 39 M€ viennent d’une taxe affectée sur les bateaux de plaisance, 14,6 M€ de concours extérieurs, et les dons et le mécénat réunis ne pèsent que 0,4 M€ (rapport d’activité 2025). Rapportés aux 2 042 hectares acquis, les 15,6 M€ consacrés aux interventions foncières donnent un ordre de grandeur brut de 7 600 € par hectare (calcul actitude.org), sur des terrains littoraux très divers.

Figure 4 Le plus grand porteur public de terres est financé par une taxe sur les bateaux, pas par le don
Le plus grand porteur public de terres est financé par une taxe sur les bateaux, pas par le donSur 57,2 millions d'euros de ressources en 2025, le Conservatoire du littoral en tire 39 de la taxe annuelle sur les engins maritimes de plaisance, 5,2 de l'État et 4,5 des agences de l'eau et autres organismes publics ; les legs apportent 2,1 millions, le mécénat 0,3 et les dons des particuliers 0,1.010203040Taxe sur les engins maritimesde plaisance (fiscalité affec…Taxe sur les engins maritimes de plaisance (fiscalité affectée) — Millions d'euros : 39 millions d'euros (2025)39ÉtatÉtat — Millions d'euros : 5,2 millions d'euros (2025)5,2Agences de l'eau OFB et autresorganismes publicsAgences de l'eau OFB et autres organismes publics — Millions d'euros : 4,5 millions d'euros (2025)4,5LegsLegs — Millions d'euros : 2,1 millions d'euros (2025)2,1CollectivitésCollectivités — Millions d'euros : 1,5 millions d'euros (2025)1,5Indemnité d'assuranceIndemnité d'assurance — Millions d'euros : 1,5 millions d'euros (2025)1,5Union européenneUnion européenne — Millions d'euros : 0,9 millions d'euros (2025)0,9Taxes passagers maritimesTaxes passagers maritimes — Millions d'euros : 0,9 millions d'euros (2025)0,9Revenus du domaineRevenus du domaine — Millions d'euros : 0,6 millions d'euros (2025)0,6Divers produits de gestionDivers produits de gestion — Millions d'euros : 0,6 millions d'euros (2025)0,6MécénatMécénat — Millions d'euros : 0,3 millions d'euros (2025)0,3Dons des particuliersDons des particuliers — Millions d'euros : 0,1 millions d'euros (2025)0,1millions d'euros (2025)
Voir les données
ressourceMillions d'euros
Taxe sur les engins maritimes de plaisance (fiscalité affectée)39
État5,2
Agences de l'eau OFB et autres organismes publics4,5
Legs2,1
Collectivités1,5
Indemnité d'assurance1,5
Union européenne0,9
Taxes passagers maritimes0,9
Revenus du domaine0,6
Divers produits de gestion0,6
Mécénat0,3
Dons des particuliers0,1

Source : Conservatoire du littoral, rapport d'activité 2025 (page Budget) · données (CSV) · Ressources de l'exercice 2025. L'indemnité d'assurance et les legs comprennent des recettes exceptionnelles selon le rapport.

Les membres. Le collectif prête lui-même, sans avantage fiscal. L’association Parpaing Libre a acheté La Déviation, à Marseille, 410 000 € sans banque, par de nombreux prêts solidaires ; les membres de l’Oasis du Coq à l’Âme ont prêté à leur SCIC de 500 à 200 000 € par personne, remboursables sur vingt-cinq ans ; à Kerlano, le collectif a mis en commun environ 80 000 € pour racheter ses propres parts d’indivision. La sortie du marché est payée par celles et ceux qui vont y vivre.

Le tableau qui suit ne classe pas : il dit qui paie, ce que chacun garde, et par où la libération peut se reprendre.

Voie Qui paie Part remboursée par l’impôt Ce que le payeur garde Point de capture principal
Don ou legs à une fondation reconnue d’utilité publique donateur·rices, cédant·es 66 % (IR), 75 % (IFI) ; legs exonérés de droits rien gouvernance descendante, usager·es sans voix
Don à un fonds de dotation d’intérêt général donateur·rices 66 % (IR) ; pas de réduction d’IFI rien dotation consomptible, statuts seuls garants
Souscription à une foncière solidaire épargnant·es 25 % en 2026-2027, sinon 18 % des parts, sans dividende parts cessibles, dévolution non écrite
Parts d’un GFA mutuel épargnant·es locaux à la transmission, trois quarts de la valeur exonérés de droits jusqu’à 600 000 € des parts parts cessibles, retour au patrimoine familial
Achat par une collectivité ou l’État contribuables tout un patrimoine public délibération qui revend, bail à terme
Prêts et apports des membres le collectif rien une créance dette, conflit, sortie des prêteurs

Plus la voie est généreuse fiscalement, plus elle éloigne les usager·es de la décision. Le don, le mieux remboursé, confie la terre à un conseil où ni les donateurs ni les paysan·nes ne siègent de droit ; le prêt des membres, qui n’est pas remboursé du tout, laisse aux usager·es toute la décision. C’est une tendance, pas une loi : la Fondation Terre de Liens accepte des donations de nue-propriété, et l’Assemblée des usages de Notre-Dame-des-Landes mandate, selon sa fiche, les administrateur·rices du fonds La Terre en commun.

Ce que dit le droit

Le droit n’a pas de statut de la « terre libérée » ; les montages empruntent des outils faits pour autre chose (page Régimes). Quatre points, vérifiés au 10 octobre 2026, commandent l’économie comparée.

Les souscriptions solidaires. La réduction d’impôt pour les sociétés foncières solidaires (article 199 terdecies-0 AB du code général des impôts, créé par la loi de finances pour 2020) vise trois secteurs, dont l’installation d’agriculteurs en systèmes agroécologiques. La société doit être agréée ESUS, ne pas distribuer de dividendes, et compter au moins 70 % de bénéficiaires en fragilité économique, c’est-à-dire, pour l’agriculture, dont le patrimoine hors résidence principale ne dépasse pas 200 000 €. La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 a fixé le taux à 25 % pour 2026 et 2027 et ramené de sept à cinq ans la durée de non-remboursement des apports. Le plafond par foncière agricole est de 15 M€ (BOFiP).

Le don et la transmission. Les dons et legs aux établissements d’utilité publique et aux fonds de dotation d’intérêt général sont exonérés de droits de mutation à titre gratuit (article 795 du CGI, selon le BOFiP) : un cédant qui lègue sa ferme à une fondation ne fait pas payer de droits à la terre. Mais les fonds de dotation ne figurent pas parmi les organismes qui ouvrent droit à la réduction d’IFI (BOFiP) : un grand patrimoine immobilier a un intérêt fiscal à donner à une fondation reconnue d’utilité publique plutôt qu’à un fonds.

Les groupements fonciers agricoles. Créés par la loi du 31 décembre 1970, ils sont obligatoirement constitués entre personnes physiques, la SAFER pouvant y entrer temporairement, rappelle la mission d’information de l’Assemblée nationale en 2018 (p. 58). Les parts d’un GFA qui loue par bail à long terme sont exonérées de droits de mutation à titre gratuit pour les trois quarts de leur valeur jusqu’à 600 000 € par bénéficiaire, pour moitié au-delà, si elles sont conservées cinq ans (articles 793 et 793 bis du CGI, selon le BOFiP). Pensé pour le patrimoine familial, cet avantage sert aussi le GFA mutuel, dont les parts restent cessibles, note la fiche des GFA mutuels.

L’argent public pour le portage. La loi d’orientation agricole du 24 mars 2025 fixe pour objectif d’« accroître progressivement la mobilisation de fonds publics et de fonds publics associés à des fonds privés » au soutien du portage du foncier agricole, en s’appuyant sur les banques publiques du groupe Caisse des dépôts (article 20, selon le texte reproduit par AIDA). C’est un objectif, pas un dispositif : la loi ne dit ni qui portera, ni pour combien de temps, ni si la terre sera revendue à l’exploitant.

Les angles morts. Aucun texte ne distingue un portage temporaire, qui prépare un rachat par l’exploitant, d’un portage perpétuel, qui sort la terre du marché. L’usufruit constitué au profit d’une personne morale reste limité à trente ans, fragilité propre des montages démembrés (Méthode). Et des montages se développent en marge du statut du fermage : la Cour des comptes décrit des SCIC qui équipent des parcelles de deux hectares et y installent des exploitant·es contre un loyer, puis un pourcentage du chiffre d’affaires au-delà d’un seuil, et note que « les données disponibles ne permettent pas de mesurer l’ampleur du phénomène » (Cour des comptes, p. 93). Le statut du fermage relève de l’étude E07.

L’histoire longue

La libération arrive après des communs qui existent encore, et dont l’histoire dit ce qui tient.

Les communs des villages. Les sections de commune, propriétés collectives d’habitant·es souvent héritées de l’Ancien Régime, étaient 26 792 selon le recensement de 1999 de la direction générale des collectivités locales. Les lois de 1985 et du 27 mai 2013 ont organisé le transfert de leurs biens aux communes, « facilitant ainsi leur disparition à court ou moyen terme », écrit le Conseil constitutionnel ; celle de 2013 interdit d’en créer de nouvelles. À l’inverse, dans les Alpes, les groupements pastoraux agréés gèrent la moitié des surfaces d’alpage et 61 % du cheptel ovin estivé en 2012-2014, contre 22 % en 1996-1997 (enquête pastorale). Le détail est dans l’étude E11. La leçon : un commun d’usage gouverné par ceux qui l’exploitent survit quand il a une fonction économique claire (l’estive), et s’efface quand il ne reste qu’un titre sans usage commun.

Les terres coutumières. En Nouvelle-Calédonie, la réforme foncière engagée en 1978, puis l’Office foncier (1982-1986) et l’ADRAF ont acquis 162 935 hectares jusqu’en 2014, dont 132 810 par achat de propriétés privées, pour 6,07 milliards de francs CFP courants ; 101 209 hectares ont été attribués à des groupements de droit particulier local (GDPL), selon le tableau de l’ADRAF publié par l’ISEE. C’est la plus vaste opération française de sortie du marché par achat public suivi d’une remise à des collectifs, conduite par des organismes publics et adossée à une inaliénabilité inscrite dans la loi organique. Les GDPL inscrits au répertoire des entreprises sont passés de 511 en 1995 à 973 en 2025. Son contexte colonial, traité dans l’étude E16, ne se transpose pas.

Le Larzac. Après l’abandon de l’extension du camp militaire en 1981, l’État a gardé environ 6 300 hectares et les a confiés en 1985, par bail emphytéotique, à la Société civile des terres du Larzac, qui attribue l’usage aux paysan·nes ; le bail court jusqu’en 2083. Le dossier Larzac montre ce que l’histoire a obtenu, une propriété publique et un usage collectif, et ce qu’il laisse dans l’ombre : les modalités de vote de la société civile ne sont pas détaillées. La lutte est dans l’étude E17.

Les montages qui ont précédé. Les coopératives Longo Maï, fondées en 1973, tiennent leurs terres par une fondation suisse, le Fonds de Terre Européenne ; Lurzaindia prend en 2013 la suite d’un GFA mutuel des années 1970. Le réseau CLIP, né en 2006, s’inspire du Mietshäuser Syndikat allemand, qui donne au réseau un veto sur toute revente ; la Stiftung trias dissocie le sol du bâti.

Ce qui a été absorbé. Le GFA est l’exemple d’un outil de portage devenu outil patrimonial : entre 1991 et 2017, les acquisitions des sociétés de portage (GFA, groupements fonciers ruraux, SCI agricoles) ont été multipliées par 5,1 sur le marché des terres et prés (rapport n° 1460, p. 58). La forme juridique n’a pas de mémoire : ce qui a servi à garder une terre peut servir à l’accumuler.

Ce qu’on sait, ce qu’on estime, ce qui se discute

Ce qu’on sait

La libération tient sur des dispositifs fiscaux, des statuts privés et quelques propriétés publiques ; ses surfaces sont faibles (Cour des comptes). L’avantage fiscal est massif pour le don, modeste pour l’épargne. Les deux plus grandes masses de terre hors marché, le domaine du Conservatoire et les terres coutumières, sont publiques ou statutaires, et ont été constituées par des organismes publics, sur des décennies.

Ce qu’on estime

Aucun porteur ne publie de coût par hectare comparable. Le rapport brut du Conservatoire, environ 7 600 € par hectare en 2025, mêle dunes, marais et terres agricoles. La mission de 2018 citait Lurzaindia à 379 hectares acquis grâce à 3 432 souscripteurs, sans rémunération (rapport n° 1460, p. 60) ; la fiche de Lurzaindia donne aujourd’hui environ 486 hectares et près de 1,67 M€ investis selon le bilan publié, soit de l’ordre de 3 400 € par hectare (calcul actitude.org). Ces ordres de grandeur ne valent que pour leur lieu ; sur le prix de la terre, voir l’étude E05.

Ce qui se discute

Le prix est-il l’obstacle ? La mission de l’Assemblée nationale écrivait en 2018 que le prix du foncier, « relativement faible », est pourtant « le principal obstacle à l’installation de jeunes agriculteurs en dehors de la reprise d’une exploitation familiale » (p. 58). La Cour des comptes conclut en 2023 que le prix des terres « ne constitue pas un obstacle majeur », et que d’autres obstacles sont à l’œuvre, que les acteurs du portage aideraient à surmonter, dont la faible transparence du marché local (Cour des comptes, p. 81). Si la Cour a raison, la libération vaut moins par l’argent qu’elle avance que par l’accès qu’elle ouvre.

Les foncières citoyennes achètent-elles assez ? Les rapporteur·es de 2018 jugeaient que Terre de Liens, « foncière la plus connue », réalisait « un nombre trop faible d’acquisitions par rapport à ce que permet l’importance des sommes d’argent reçues (139 fermes) », et proposaient d’accroître le pouvoir des collectivités (rapport n° 1460, p. 106). La critique porte sur la vitesse, pas sur la solidité des montages.

Public ou citoyen ? Un maire entendu par la même mission résumait : « même avec notre bonne volonté, ça n’est pas notre métier ! » (rapport n° 1460, p. 60). Les collectivités peuvent acheter mais savent peu confier ; les porteurs citoyens savent confier mais manquent d’argent. Le Larzac associe les deux.

Ce qui nous donnerait tort

Notre jugement : la libération change peu à l’échelle du pays, beaucoup là où elle a lieu. Trois choses le contrediraient. Si les portages publics temporaires, comme celui que la SAFER a mis en place en Nouvelle-Aquitaine sur dix ans, frais payés par la Région et loyers déduits du prix de rachat (Cour des comptes, p. 92), installaient durablement autant de paysan·nes à moindre coût, la sortie définitive du marché serait un luxe. Si les fermes portées se géraient comme n’importe quelle ferme louée, la différence se réduirait à un loyer plus doux. Et si les terres libérées n’étaient pas mieux tenues que les autres, l’argument du vivant tomberait.

Ce que l’outil public fait bien : tenir la terre à une échelle hors de portée des collectifs. Le Conservatoire du littoral, financé par une taxe affectée, rend ses terrains inaliénables et y maintient des centaines de conventions agricoles. La réforme foncière calédonienne a attribué plus de cent mille hectares à des groupements coutumiers. La régulation (SAFER, contrôle des structures, fermage) s’applique à l’ensemble des ventes et des baux, quand les porteurs citoyens n’en touchent qu’une fraction (étude E07).

Ce que les chiffres officiels ne mesurent pas. Il n’existe aucun recensement public des terres sorties durablement du marché : ni la statistique agricole ni les fichiers fonciers ne distinguent un propriétaire non lucratif d’un autre. L’épargne solidaire collectée pour le foncier agricole n’est isolée dans aucune série publique que nous ayons trouvée. La durée réelle des montages, leurs conflits et leurs reventes ne sont suivis par personne.

Ce que la libération change

Notre jugement : la libération ne corrige pas les mécanismes, elle soustrait des terres à leur portée, une par une, et cette soustraction ne vaut que si elle survit à l’achat. La table qui suit reprend, pour chacune des dix-sept autres études, le maillon où celle-ci situe la libération, les outils qu’elle mobilise et ce qu’elle laisse hors de portée.

Table de correspondance

Étude Où la libération agit Outils qui répondent Ce qu’elle ne touche pas
E01 La ferme qui se libère le choix du cédant : le voisin ou un·e inconnu·e foncière, fondation (donation, nue-propriété), espaces-test, propriété publique la faiblesse des retraites ; l’écart avec le prix du voisin
E02 Qui possède la terre les bascules : succession, vente, fin de bail propriété publique, emphytéose, fondation, foncière, GFA mutuel la masse de la terre louée, 100 à 130 Md€
E03 Moins de fermes, plus grandes la ferme découpée faute de repreneur pour le tout achat d’un bloc (foncière, fondation), bail rural environnemental, propriété publique la prime à l’hectare, le marché des services agricoles
E04 La terre devient un actif la part sociale cessible porteur sans parts, veto d’un réseau, autorisation Sempastous les sociétés existantes, trop chères à racheter
E05 Une terre inaccessible la reprise : revente, droit au bail, pas-de-porte propriété publique, donation, foncière, espaces-test le prix de marché, que la régulation tient déjà bas
E06 La dette qui fait vendre la terre dans la dette du repreneur foncière, propriété publique, GFA mutuel, portage SAFER la dette sur l’outil, la dépendance à l’aval
E07 La régulation là où la règle s’arrête : garder la terre propriété publique et emphytéose, bail rural environnemental, fondation, commodat la revente imposée à la SAFER
E08 Le béton la propriété, avant le classement constructible propriété publique, fonds de dotation, ORE l’artificialisation des terres non tenues
E09 La rente du soleil le propriétaire qui peut signer seul fondation ou fonds sans associé, propriété publique, emphytéose les promesses déjà signées
E10 Habiter la terre le bâti existant, rattaché à l’usage propriété d’usage, coopérative d’habitants, emphytéose communale le droit de construire, qui reste à la commune
E11 Communs effacés la terre qui arrive gratuitement à la commune propriété publique et bail long, communs historiques l’affectation, que rien n’oblige à être agricole
E12 L’eau l’aire de captage propriété publique, bail environnemental, coopérative de débouchés les volumes prélevés, affaire d’arrêté et de juge
E13 Les sols la pratique attachée au bail ou au terrain bail rural environnemental, commodat sous charte, propriété publique, ORE les sols des terres non portées
E14 Une agriculture du vivant la transmission et le prix d’une ferme du vivant bail rural environnemental, commodat sous charte, ORE, achat de fermes pilotes les fermes qui restent sur le marché
E15 La forêt la forêt déjà publique ou conservée fondation, conservatoires, communs forestiers la forêt privée qui change de mains
E16 Outre-mer le statut de la terre et l’attribution de l’usage terres coutumières, propriété publique, baux longs, GFA l’usage, que décide la gouvernance des groupements
E17 Défendre la terre le jour d’après : le titre propriété publique et emphytéose, fonds de dotation l’utilité publique, déclarée avant

La table montre une asymétrie. Les outils de libération répondent bien aux mécanismes qui passent par un titre (la vente, la part, la promesse) et mal à ceux qui passent par un flux (l’aide à l’hectare, la dette, les volumes d’eau). Sur ceux-là, elle ne peut que retirer quelques fermes de la course.

Le coût, et qui le porte

Les donateurs le paient pour un tiers ou un quart, l’impôt pour le reste ; les épargnant·es l’avancent et l’État leur en rend un quart au mieux ; les collectifs qui empruntent à leurs membres le paient en entier, et longtemps. Le coût le plus lourd tombe sur la voie la plus démocratique. C’est un argument pour que l’argent public promis au portage par la loi de 2025 aille d’abord aux porteurs qui rendent la terre inaliénable et la voix aux usager·es.

La gouvernance après l’achat

L’achat règle la question du marché et ouvre celle du pouvoir. Le corpus documente quatre manières de perdre ce qui a été gagné.

Le porteur redevient un bailleur ordinaire. Une foncière qui loue par bail rural, sans voix délibérative documentée des preneur·euses sur le fermage ou la transmission, comme le note la fiche de la Foncière Terre de Liens, est un bon propriétaire, pas encore un commun. La pente extrême est celle que décrit la Cour des comptes : un loyer, puis une part du chiffre d’affaires, hors du statut du fermage. Un porteur peut aussi rendre la terre au marché par contrat : FEVE consent à ses preneur·euses une option d’achat.

Le cercle se ferme. La coopérative du Village Vertical est à la fois propriétaire et usagère : elle protège ses habitant·es de la spéculation, mais sa fiche la dit « juge et partie, sans contre-pouvoir externe ». Les coopératives Longo Maï ne détaillent pas publiquement l’accueil de nouveaux entrants.

Le conflit défait le montage. Au Hameau des Buis, le foncier était tenu par une société civile dont 519 parts sur 520 appartenaient à l’association cofondatrice. Cette concentration du pouvoir a été au cœur d’un conflit entre 2018 et 2021, soldé par le départ de l’association et la transformation de la société en SAS coopérative en 2023.

Le titre arrive à son terme, et les membres vieillissent. L’usufruit d’une personne morale ne dépasse pas trente ans ; le bail du Larzac expire en 2083. Plusieurs fiches signalent que la transmission interne n’est pas formalisée, comme celle des Communs de la Marinie, association créée en 2021. Aucune ne documente encore comment un collectif renouvelle ses membres après trente ans.

Parmi ce qui distingue les communs qui durent, Elinor Ostrom relève des règles décidées par la plupart des personnes concernées, des sanctions graduées et des arènes locales, rapides et peu coûteuses pour régler les conflits (conférence Nobel, 2009). Les montages du corpus soignent surtout l’inaliénabilité ; les plus robustes ajoutent un tiers garant : le réseau CLIP, co-membre de chaque association propriétaire pour bloquer une revente, ou le conseil tripartite du CLT de Bruxelles. Presque aucun n’écrit publiquement comment il règle ses conflits.

Produire quoi, pour nourrir qui

Les outils de libération décident rarement ce qu’on produit. Trois leviers existent pourtant. Le bail : le captage de la Chèze-Canut est loué par bail rural à clauses environnementales à des exploitant·es dont les pratiques doivent protéger l’eau. La condition d’accès : la réduction d’impôt des foncières solidaires agricoles est réservée à l’installation en systèmes agroécologiques de personnes au patrimoine modeste ; FEVE conditionne l’éligibilité à une charte agroécologique et à la vente en circuits courts. Le débouché : autour des terres d’Eau du Bassin Rennais, la SCIC Terres de Sources organise la vente des produits des fermes engagées.

Aucun de ces leviers ne dit pour qui on produit. Les rapporteur·es de 2018 notaient que les réserves foncières des collectivités peuvent servir à « affirmer des ambitions en matière de qualité des produits et d’approvisionnement alimentaire de proximité » (rapport n° 1460, p. 60). C’est là que la libération rejoint l’étude E14 : une terre hors marché qui produit pour le marché le plus offrant reste une terre libérée à moitié.

Leviers

Pour les collectifs

  • Écrire le verrou avant d’acheter, et le faire garder par un tiers. Statuts qui interdisent la revente, clause de dévolution à un organisme non lucratif, droit de veto d’un réseau ou d’un fonds sur toute mise en vente : c’est le modèle du CLIP et du fonds Antidote, qui confie ses lieux par bail emphytéotique de 99 ans, comme à la Marinie. Acte engageant : statuts et bail avec un·e notaire. Coût : des frais d’actes, en plus du prix du bien.
  • Écrire aussi le règlement des conflits et l’entrée des nouveaux. Médiation, sanctions graduées, accueil et départ, remboursement des apports prévu à l’avance. Coût : du temps. Contre-exemple : le Hameau des Buis.
  • Choisir l’argent en sachant ce qu’il coûte en pouvoir. Prêts des membres : aucun avantage fiscal, toute la décision. Foncière : un quart remboursé en 2026-2027, la décision chez le porteur. Fondation : deux tiers remboursés, une gouvernance qui n’est plus la vôtre. À comparer avec un·e notaire ou un·e avocat·e.

Pour les élu·es

  • Acheter là où un intérêt public est en jeu, et confier par bail. Une collectivité peut acquérir à l’amiable des terres sur une aire de captage et les louer par bail rural à clauses environnementales, comme Eau du Bassin Rennais (dossier). Ordre de coût : le prix de marché des terres.
  • Mettre un terrain communal à disposition par bail emphytéotique. La commune de Flocques reste propriétaire et confie le terrain pour 99 ans à la Foncière Chênelet, qui y loge des ménages modestes. Acte engageant : délibération et bail notarié.
  • Financer le portage plutôt que l’achat. Prendre en charge les frais d’un portage SAFER, comme l’a fait une Région, ou abonder un GFA de territoire : la mission de 2018 cite une communauté de communes qui a financé à hauteur de 190 000 € un GFA viticole, puis ouvert ses parts à la souscription populaire (rapport n° 1460, p. 59). Exiger que la terre reste louée à des installé·es.

Pour les citoyen·nes

  • Savoir ce que l’on finance. Un don à une fondation reconnue d’utilité publique est remboursé aux deux tiers ou aux trois quarts par l’impôt et ne se récupère pas ; une souscription à une foncière solidaire se récupère en principe, avec 18 à 25 % de réduction. Lire les statuts (dividende, revalorisation des parts, dévolution, voix des paysan·nes) ; les fiches du corpus disent ce qui manque, par exemple celle de Lurzaindia. Jamais de souscription sans les documents de l’émetteur.
  • Prêter à un lieu précis. Les prêts solidaires à une association propriétaire, comme ceux qui ont permis l’achat de La Déviation, n’ouvrent droit à aucune réduction mais gardent l’argent et la décision près du lieu. Contrat de prêt écrit et échéancier.
  • Rejoindre un GFA mutuel en connaissant sa limite : les parts restent cessibles, et l’intégrité dépend des clauses statutaires (fiche des GFA mutuels).

Pour les cédant·es et propriétaires

  • Donner ou léguer à une fondation ou à un fonds de dotation d’intérêt général, sans droits de mutation ; donner la seule nue-propriété en gardant l’usufruit sa vie durant, ce qu’accepte la Fondation Terre de Liens. Acte irrévocable, avec un·e notaire, statuts du bénéficiaire en main.
  • Vendre à une collectivité ou à un porteur durable, en acceptant un prix sans surenchère : l’écart avec l’offre la plus haute est le coût de la libération que le cédant prend à sa charge. À chiffrer avec un·e notaire.
  • Grever la terre d’une obligation réelle environnementale (glossaire) quand on ne veut pas vendre : un engagement écologique attaché au terrain. Le Conservatoire d’espaces naturels Occitanie en utilise, et le Conservatoire du littoral comptait 9 hectares sous ORE parmi ses interventions de 2025. Acte notarié.

Question ouverte

Si la France sait tenir hors marché des centaines de milliers d’hectares quand des organismes publics dotés de ressources s’en chargent, pourquoi la terre qui nourrit reste-t-elle la seule à dépendre, pour sa libération, de l’épargne et des prêts de celles et ceux qui veulent la cultiver ?

Information juridique générale à jour au 10 octobre 2026, qui ne constitue pas un conseil personnalisé.

Dans l'annuaire

Les montages et les lieux du corpus mobilisés par cette étude, avec leur palier de libération.

Lieux

Outils de libération qui répondent

  • Fondation, fonds de dotation
  • Foncière et épargne solidaire
  • GFA mutuel ou citoyen
  • Propriété publique
  • Bail long et protecteur
  • Obligation réelle environnementale
  • Coopérative ou association d'usage
  • Régulation publique
  • Portage foncier et espace-test
  • Communs historiques

Études liées

Les mots de cette étude

Sources

Toutes les sources citées dans le texte, consultées au 10 octobre 2026. Les associations et ONG françaises sont citées comme acteurs, jamais comme sources (méthode de la section).

Sources officielles et statistique publique

Textes juridiques et décisions

Centres de recherche et expertises

Publications académiques

Pour aller plus loin

  • Elinor Ostrom, Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, De Boeck, 2010
  • Benjamin Coriat (dir.), Le retour des communs. La crise de l'idéologie propriétaire, Les Liens qui libèrent, 2015
  • Pierre Dardot, Christian Laval, Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, La Découverte, 2014
  • Sarah Vanuxem, La propriété de la terre, Wildproject, 2018

Retours de terrain

Aucun retour de terrain n'est encore intégré : cette étude est une analyse documentaire. Vous agissez sur ce terrain — collectif, cédant·e, élu·e, chercheur·e — et vous la contredisez ou la complétez ? Écrivez-nous : chaque retour intégré est daté ici.

Journal des modifications

  1. 10 octobre 2026v1Première version (analyse documentaire).

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